« Le Chant du Combat » a-t-il failli supplanter la « Marseillaise » ?

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Rouget de Lisle chantant la Marseillaise pour la première fois

Rouget de Lisle chantant la Marseillaise pour la première fois (1849, par Isidore Pils)

Claude Joseph Rouget de Lisle (1760-1836) est l’auteur célèbre du chant patriotique « La Marseillaise », hymne officiel de la République française. On sait qu’il a écrit ce chant en une nuit, exactement le 26 avril 1792. A cette date, il était officier du Génie de l’armée du Rhin, en garnison à Strasbourg.

C’est le maire de cette ville, le baron Philippe-Frédéric de Dietrich, qui a commandé ce chant à Rouget. Il l’aurait entonné au domicile du maire, devant sa famille et ses amis. La vérité, révélée plus tard par sa femme, est que ce fut de Dietrich lui-même, pourvu d’une bonne voix de ténor, et non Rouget, qui le chanta ce fameux soir…

Il faut noter que le chant n’acquit son nom définitif que 4 mois plus tard, lorsqu’il fut repris par un bataillon de Marseillais en marche vers Paris. Jusqu’alors, il n’était que le chant de guerre de l’armée du Rhin.

Soit dit en passant, la République ne fut pas reconnaissante à de Dietrich d’avoir été à l’initiative de la création de ce chant promis à un avenir exceptionnel, puisqu’il fut guillotiné comme « conspirateur » sous la Terreur en décembre 1793.

Revenons à Rouget de Lisle. Son enthousiasme pour la Révolution s’étendit quelques années plus tard à la personnalité du général Bonaparte, au point qu’il écrivit en son honneur (ou sur sa commande?) un nouveau chant, intitulé « Le Chant du Combat » (1799). A l’époque, le premier Consul trouvait la Marseillaise un peu trop liée, à son goût, à la révolution jacobine et à la chute de la Monarchie. Bien que peu friand de chants guerriers (il préférait les fifres et les tambours…), Napoléon cherchait à trouver un nouveau chant plus consensuel.

Le refrain du Chant du Combat était ainsi rédigé:
« J’entends mugir le signal des combats;
Debout, debout, enfants de la victoire!
Voici l’instant des périls, de la gloire;
Il faut ou vaincre, ou mourir en soldats. »

Pourtant, pour une raison inconnue, ce chant destiné à supplanter la Marseillaise, n’eut aucun succès. Ce fut donc, pour Rouget comme pour Bonaparte, un coup dans l’eau.

Rouget, resté républicain, se posa par la suite en adversaire du consulat à vie, puis de l’Empire. Napoléon ne lui demanda plus rien et le fit surveiller par sa police.

Durant le Premier empire, un autre chant connut les faveurs du nouveau régime. C’est « Veillons au salut de l’Empire », écrit en 1791 soit bien avant le changement de régime, mais récupéré par Napoléon pour les besoins de sa cause.

Le premier couplet, le plus connu, avait été donc rédigé au moment où le mot « empire » n’était pas encore un régime, mais un synonyme de « patrie ». Ecrit dans l’esprit de 1789, il dut avoir une résonance curieuse pour les nombreux ennemis de Napoléon et de son autoritarisme.

« Veillons au salut de l’empire,
Veillons au maintien de nos lois;
Si le despotisme conspire,
Conspirons la perte des rois!
Liberté! Liberté! que tout mortel te rende hommage!
Tremblez tyrans! vous allez expier vos forfaits!
Plutôt la mort que l’esclavage!
C’est la devise des Français. »

Après la chute de Napoléon vint la Restauration. Rouget de Lisle sortit de sa tanière et se fit remarquer en 1814 en proposant à Louis XVIII un nouvel hymne, anti-révolutionnaire cette fois, intitulé « Vive le Roi! ». Mais là encore (heureusement?) le succès le bouda.

Sa gloire resta donc, pour toujours, attachée au chant patriotique, si pas le meilleur, du moins le plus célèbre au monde.

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